Ne pas partir
Pas encore
Sur le parking de l’hôpital
Ecouter dans mon corps : IL est mort
Mort ? Non, on m’a dit décédé
Cela devrait mieux « passer » ?
Quinze jours d’absence
La liste des personnes à voir
Monsieur S. est décédé
C’est une information
Ce n’est qu’en partant du service que je perçois la réalité de sa mort
Quel jour ? Quelle heure ?
L’a-t-on découvert mort sur son lit ?
Un soignant était-il avec Lui ?
Sa cousine, la seule femme de sa vie, où était-elle à ce moment ?
Aujourd’hui que ressent-elle ?
L’énorme tumeur au bas de sa joue droite n’altérait pas la beauté de ses traits fins
De son regard expressif
De son sourire charmeur
Il avait 96 ans
Parti d’Espagne, à l’âge de 6 ans, avec ses parents
Il avait travaillé toute sa vie dans une entreprise de métallurgie
Qui fournissait les coopératives vinicoles d’ici et d’ailleurs
Il aimait son travail
Il était fier de ses réalisations
Il avait été décoré trois fois
En 1925, pour la saint Eloi, le patron et les ouvriers avaient posé pour la photo
Il l’avait encore
Quant Il parlait ses yeux s’allumaient souvent du feu d’une vie dure
Mais Il l’avait aimée
Hier ma cousine est venue
Elle habite avec moi depuis 1947
Mais attention, pas de sexe !
J’aime ma maison
Après ma mort elle sera à ma cousine
Je suis à la limite de tout
Je m’occupe de plus rien maintenant, plus rien, plus rien
- Vous écrivez ?
(moi, dans un sourire) c’est ma mémoire
- Comme moi, je note tout
Vous habitez où ?
Vous buvez du vin ?
C’est pas guérissable
Il est temps que je meure
Il perd la notion du temps
Il n’a envie de rien
Il n’est pas bien
… et pourtant : Vous voulez que je vous raconte ?
Des parents lointains et des amis de son patron habitent dans mon village
Allez les voir ça me fera plaisir
……………………
Aujourd’hui je vous ai raconté que des malheurs
Non Monsieur S.
En me parlant de votre vie Vous m’avez reliée à plusieurs terres
Celle de mon père : l’Espagne
Celle qui m’a adoptée : mon village
Aujourd’hui j’avais besoin d'être avec Vous, juste un instant , le dernier
Par Plume De Vent
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Je ne sais pas où vous êtes maintenant.
Ce mardi vous étiez assis à votre fauteuil,
votre tête s’est inclinée sur le côté
et la vie s’est arrêtée.
Je ne sais pas pourquoi
à cette heure
la mort vous a saisi.
Je ne sais pas si
à cet instant vous avez eu peur.
Je ne sais pas comment
les regrets dont vous parliez
se sont transformés.
Je ne sais pas si
le temps a été suffisant
pour terminer le ménage
avant le grand passage.
Souvent
lorsque nous parlions
vous vouliez savoir
ce que je pensais
ce que je ressentais
ce que je faisais.
Cet intérêt
presque toujours teinté d’humour
m’étonnait
me touchait.
Ensemble
avec votre fils
nous balayions votre vie au gré
de l’inspiration
des mots qui naissaient de l’instant présent.
Un jour vous avez changé de chambre
Passage du premier étage au rez de chaussée
Chemin de descente vers la profondeur de votre être
Espace où se tenait ce colloque intime
vous conduisant lentement
à votre propre source
à votre or intérieur.
Je crois que vous avez choisi l’intimité d’un instant
pour faire du dernier souffle de vie un présent.
Je crois que ce sont des sourires
qui ont accueilli votre dernier soupir.
Je crois qu’une foule de ballons
sont venus vous enlever
pour rejoindre dans une ronde
ceux que vous aviez entraînés.
Je crois que dans ces derniers instants de vie
la poésie s’est faufilée sur des sentiers de liberté
La respirer
ce fut
pour chacun de nous
habiter son humanité ...
... qui dans ce partage,
aujourd'hui dans notre existence,
entre en résonance.
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