Juste un instant ...
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photo Flo & Co
Un jour le téléphone a sonné, l’infirmière m’a demandé si j’étais immédiatement disponible.
Un soir je l’ai rejointe dans un café, au pied de l’immeuble … elle m’a expliqué.
Nous sommes montées, elle m’a présentée, j’ai posé mon sac.
Un moment j’ai parlé à sa tante, à son compagnon … je suis allée le voir dans sa chambre
… lui, Guillaume
Juste quelques mots.
Juste pour signifier qu’une personne nouvelle entre dans son espace, son appartement.
Juste pour établir ce lien d’humain à humain.
Un flash … 33 ans … l’âge du Christ.
21 heures, seule dans l’appartement, ce dimanche … seule avec Lui …
Seule à laisser la nuit s’écouler, à écouter sa respiration, à découvrir ses mouvements, à sentir quand je dois intervenir, le laissant faire jusqu’aux limites de ses possibilités actuelles.
Je le gêne manifestement.
Son esprit embrumé ne perçoit pas bien qui je suis, mais le saisirait-il que cependant il refuserait ma présence.
Guillaume a conduit sa vie comme il l’entendait.
Aujourd’hui encore il veut garder sa liberté de décision, sa liberté d’action.
8 heures, le lendemain matin.
Je fais un café dans une machine super moderne, on met une capsule dont on choisit la couleur en fonction du goût, de la force.
L’appartement est calme.
La ville vient de s’éveiller.
Je m’apprête à rentrer chez moi.
Encore quelques minutes …
Un matin, juste savourer une tasse de café, après une courte nuit.
C’est le début de l’été.
Les journées sont chaudes.
La climatisation rend l’appartement très confortable.
Les double vitrages étouffent les bruits de la rue.
J’arrive le soir, à 20 heures.
Je vois parfois l’une ou l’autre des infirmières.
Sa tante, son compagnon peuvent passer leur nuit tranquillement après de longs mois harassants.
Durant cette semaine Guillaume et moi faisons connaissance doucement.
Il ne s’embarrasse pas de mots pour manifester son agacement.
Il sait aussi être prévenant.
Nous parlons d’art.
Des tableaux, des objets dans chaque pièce … tout accroche le regard.
Nous rions … quand, chancelant à l’unisson, je l’aide à se déplacer en soutenant la potence à perfusion.
Son état s’est rapidement aggravé.
La dernière nuit sa respiration s’est modifiée.
Les expirations deviennent courtes, contenues.
Que retient-il ?
Quelle douleur intérieure l’habite t-il ?
Reste t-il un pardon à accorder ?
Lui seul peut répondre à ces questions.
Faut-il encore l’y inviter.
Il est des instants où la seule ressource est la confiance à laquelle l’on peut s'abandonner …
La croyance que l’on fait alors partie d’un mystère dont nous ne saisissons pas le sens … mais qui lentement dévoile celui de notre propre existence.
Juste avant le lever de ce jour de juillet Guillaume s’éteint.
Chez lui.
Dans son appartement.
A cet instant là il est beau … très beau …

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