Vendredi 2 mars 2007 5 02 /03 /2007 00:49

Ne pas partir
Pas encore
Sur le parking de l’hôpital
Ecouter dans mon corps : IL est mort
Mort ? Non, on m’a dit décédé
Cela devrait mieux « passer » ?
Quinze jours d’absence
La liste des personnes à voir
Monsieur S. est décédé
C’est une information
Ce n’est qu’en partant du service que je perçois la réalité de sa mort
     Quel jour ? Quelle heure ?
     L’a-t-on découvert mort sur son lit ?
     Un soignant était-il avec Lui ?
     Sa cousine, la seule femme de sa vie, où était-elle à ce moment ?
     Aujourd’hui que ressent-elle ?
L’énorme tumeur au bas de sa joue droite n’altérait pas la beauté de ses traits fins
De son regard expressif
De son sourire charmeur
Il avait 96 ans
Parti d’Espagne, à l’âge de 6 ans, avec ses parents
Il avait travaillé toute sa vie dans une entreprise de métallurgie
Qui fournissait les coopératives vinicoles d’ici et d’ailleurs
Il aimait son travail
Il était fier de ses réalisations
Il avait été décoré trois fois
En 1925, pour la saint Eloi, le patron et les ouvriers avaient posé pour la photo
Il l’avait encore
Quant Il parlait ses yeux s’allumaient souvent du feu d’une vie dure
Mais Il l’avait aimée
     Hier ma cousine est venue
     Elle habite avec moi depuis 1947
     Mais attention, pas de sexe !
     J’aime ma maison
     Après ma mort elle sera à ma cousine

     Je suis à la limite de tout
     Je m’occupe de plus rien maintenant, plus rien, plus rien
     - Vous écrivez ?
(moi, dans un sourire) c’est ma mémoire
     - Comme moi, je note tout
       Vous habitez où ? 
     
 Vous buvez du vin ?
       C’est pas guérissable
     Il est temps que je meure

Il perd la notion du temps
Il n’a envie de rien
Il n’est pas bien
… et pourtant :
Vous voulez que je vous raconte ?
Des parents lointains et des amis de son patron habitent dans mon village
     Allez les voir ça me fera plaisir
……………………
     Aujourd’hui je vous ai raconté que des malheurs

Non Monsieur S.
En me parlant de votre vie Vous m’avez reliée à plusieurs terres
Celle de mon père : l’Espagne
Celle qui m’a adoptée : mon village

Aujourd’hui j’avais besoin d'être avec Vous, juste un instant , le dernier

Par Plume De Vent - Publié dans : Accompagnement
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Présentation

Actualités




C'est grâce à nos fêlures que la lumière peut passer


Catégories

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus