Samedi 17 février 2007 6 17 /02 /2007 20:59

Voilà, c'est terminé.

Tout est dans la boîte.
Tout est rangé, dans le désordre, mais casé. 
Plus rien à retoucher.
Les prises de son sont bonnes : il n'y en a aucune.
Les photos sont surprenantes, nombreuses, inattendues.
Les dialogues sont apparemment sans queue ni tête, ils forcent la réflexion.
Je peux partir.
Dans la maison que je viens de fermer, aucune inflation d'information.
J'emporte avec moi son calme, sa sécurité.
Ils me seront utiles pour voir dérouler le film de 450 kilomètres d'asphalte qui me conduiront, une fois encore, de la Méditerranée à l'Atlantique.

La salle de projection est confortable.
Je peux choisir les écrans.
Je peux utiliser des zooms, à ma guise, plutôt à celle de mon inspiration qui sera, elle, l'ordonnateur de ces quatre heures trente minutes de trajet.
Des zooms ? Des télescopes ?
Pour parcourir l'espace, le temps, la réalité, la virtualité.
Quel est d'ailleurs le lien entre eux ?

M'arrêterai-je un jour de poser des questions ?


Contact.
Radio.
Il est question de théâtre, en fait des débats de 1974 et 1981 entre Mitterrand et Giscard d'Estaing, lus par deux comédiens.
Aussitôt s'allume un écran envahi par une rafale de réactions, commentaires sur le « grand retour » sur la scène publique de Ségolène Royal.
J'y ajoute les miennes.
   A quoi donc sert l'histoire pour que nous sachions si mal décrypter l'actualité ?
   A quoi donc servent les sciences humaines pour que nous ignorions tant les fonctionnement des groupes humains ?
   Pourquoi tant de difficultés à sortir du convenu, du conventionnel ?
   Ségolène Royal déroute : son discours, son fonctionnement ne sont pas ceux habituellement utilisés par la gente politicienne.
   On veut du changement, mais on le redoute ? donc on cherche la faille.
   Comme nous restons étroitement serrés dans nos habits que nous nous laissons tailler par les habitudes, les peurs, les influences de tous bords !
   Ici comme ailleurs la nouveauté dérange, on se barricade derrière de fausses certitudes.

Ce mardi un grand beau temps m'accompagne. L'autoroute est abandonnée pour quelques kilomètres, je roule dans ce triangle au sud de Toulouse (tiens, Cintegabelle) ... un plateau de vallons changeants au gré des saisons : terres brunes labourées, champs vert tendre, fermes cachées derrière les seuls arbres en crête qui, avec les platanes bordant les routes, animent ce relief.
Les Pyrénées à peine enneigées fondent sous le soleil.

Un autre écran s'allume.
Des vols d'étourneaux nuagent le ciel.
Ils convoquent « Les Mongols », « Le Jardin de Pierres », deux films de Parviz Kimiavi, réalisateur iranien dont j'apprendrai qu'il réside pour une part de son temps dans le sud de la France.
Ce qu'il filme, et comme il le filme, est une danse, une réflexion sur la mise en scène du mouvement.
« Palestine Blues » se profile sur les pancartes : Lannemezan - Tarbes - Bayonne ...  Jayyous, les oliviers arrachés, les vergers massacrés pour installer le mur israélien, l'occupation non violente du West Bank par des tentes, déracinées, elles aussi ... quels liens possibles entre des villages palestiniens isolés les uns des autres ?
   A quoi donc sert l'histoire ?

La séance est bientôt terminée.
La vallée, maquette du paradis, dit-on, est proche. L'agitation du monde y arrive assourdie.

Les films se rembobinent. Tous s'effacent, laissant juste une trace.
Je referme la boîte.
Je descends de la voiture.

Noir éclaboussé de soleil.
 


         

      Herself                      ASGHAR FARHADI & PARVIZ KIMIAVI               NIDA SINNOKROT


          

                               HERZ FRANK                                  F.X. EMERY & JOSEPH MARANDO

 

 

 

 

 

Par Plume De Vent - Publié dans : Regards
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