Dimanche 1 avril 2007 7 01 04 2007 00:19

C’était comme une île au milieu de la ville.
Dernier étage. Vue sur les antennes. Le soir, quelques fenêtres éclairées.

 

Et le ciel.

Elle était seule avec Elle, dans un appartement, ni trop grand, ni trop petit, comme Elle disait.
Un code à l’entrée de l’immeuble. Un autre pour l’ascenseur.  Depuis combien de temps y a-t-il cet ascenseur ? demandait-Elle.

Elle l’appelait Princesse.
C’est en la bordant dans son lit, en voyant son visage auréolé de blanc, en plongeant ses yeux dans les siens, qui malicieusement semblaient attendre quelques paroles avant de rejoindre la nuit, que lui était venu ce surnom.
Elle se la représentait princesse d’un conte d’un autre temps.
Et vous, où dormez-vous ? interrogeait Princesse régulièrement.

Elle était dans l’appartement de Princesse.
Elle essayait d’imaginer comment Princesse voyait ce lieu si familier dont Elle n’arrivait plus très bien à reconnaître la disposition. Elle devait souvent La guider, L’orienter, Lui désigner les pièces.
Princesse prenait habituellement son sac à son bras pour aller de sa chambre au fauteuil près de la grande baie vitrée ou du fauteuil à la table pour le repas.

Sauf ce dimanche.


C’était le matin après la première nuit qu’elle venait de passer. Elle l’avait réveillée et préparée pour la journée.
Les moindres gestes, accompagnés de rires, de paroles amusées, précises, rassurantes, dessinaient entre leurs deux corps une danse dans l’espace.

Tout en s’affairant dans des tâches triviales, elle pressentait que, là, une conjoncture l’invitait à avancer sur un des chemins qui mènerait à ce qu’elle cherchait.

L’invraisemblable sentiment d’apesanteur depuis ce quatrième étage, l’attention portée à l’intime d’une parole apparemment divagante, l’isolement, l’espace intérieur que rien ne venait distraire, son corps travaillé par tout ce que la danse l’obligeait à écouter …
… tout concourait à la rendre proche de l’expérience de ce qu’elle nommait l’Eternité.



Un temps qui ne peut se mesurer.
Un temps qui pénètre jusqu’au plus profond de chaque parcelle de l’Etre.
Un temps qui marque, qui imprime.
Un temps qui n’a ni Avant, ni Après.
Un temps qui est.

 

Un temps qui ne s’oublie pas.

 

Par Plume De Vent - Publié dans : Temps
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Vendredi 23 mars 2007 5 23 03 2007 00:46
Tourne
Désordre
Tout s’emmêle
Dans la tête
Tout autour
Comme des fils qui se tendent
Comme des croches qui écorchent
Têtes multiples
Plus de direction

Des enfants qui courent
Une cloche sonne au restaurant
Les camions remportent les tables
Les bancs sont alignés à l’écart
Vrombissement des moteurs de vélo
Samedi soir
Sortie au restaurant
Un bébé pleure

Aller dans la profondeur
De la désorientation
Se laisser glisser
Tenter chaque direction
Aller jusqu’au bout
Revenir à l’écriture
Point central
Strates
Couches
Empilées
Oubliées
Qui les as effacées ?

Revenir vers l’intérieur
Jouer à l’explorateur

Petit garçon ! (voix d’enfant)
Pe-tit gar-çon !
Petit garçonnnnnnnnnn !
Sur tous les tons

Revenir vers l’intérieur
Jouer sur le fil de la frontière
Etre dehors et dedans

Les réverbères s’allument
Le soleil se consume

Garder le contact
Choisir la place
Quitter
Revenir
Aller vers
Revenir

Ecrire
La main n’est que l’instrument
Qui trace l’instant

Le temps n’existe plus
Cela pourrait durer
Depuis quand cela a-t-il commencé ?
Par Plume De Vent - Publié dans : Feuilles
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Mercredi 21 mars 2007 3 21 03 2007 00:01

Etait-ce l’annonce du retour du froid ?
Ce dimanche après midi je me suis réfugiée au cinéma.
Le vent, qui ne nous quitte plus depuis ce jour, commençait à souffler dans la rue étroite.
Le plaisir de s’engouffrer dans la salle que j’espérais chauffée !
Emmitouflée, je m’enfonce dans le fauteuil, appuyant sur le dossier ma tête lourde d’un samedi soir de rock, zouk … et valse …
Mais Odette Toulemonde me garde en éveil et avec la salle j’éclate de rire devant ses remarques d’une telle évidence.

           C’est comme lorsqu’on s’amuse à prendre au sens propre casser les pieds (grrr …), donner un coup de main (hum), ouvrir l’oreille (ah ?), couper moi la tête (oh ?!)
Enfin, de toutes façons, Eric Emmanuel Schmitt et moi, c’est une histoire d’amour … sauf que lui ne le sait pas … comme dans le film (!)


Peut être vais-je lui écrire.


Zut ! j’ai été devancée … c’est un truc du même genre qui lui a donné l’idée du scénario … quoique ? si je tentais ma chance ?
Moi ce serait plutôt intello, ça volerait plus haut … mais comme il faut savoir garder la bonne distance, je risquerai le quiproquo.

Donc je renonce.

Et avant de quitter la salle, à la fin de ce mélo-drame je verse une larme.



A peine un quart d’heure plus tard me voilà à nouveau dans la salle.
Cette fois la chaudière marche.
Une chaleur douce ne sera pas de trop pour affronter la froideur, la dureté de La Vie des Autres.

De ce film je retiendrai le visage de Ulrich Mühe qui se métamorphose durant cette surveillance par écoute, étonnantes séances de voyeurisme.

Je retiendrai l’expression de ses yeux, témoins de la transformation de cet homme qui accède à sa propre humanité, quand, seul dans le grenier, les écouteurs collés aux oreilles, il est saisi par la beauté d’une pièce musicale, par les palpitations des désirs, par le génie créateur des hommes.

Je serai touchée par sa trahison du régime quand il élimine les preuves de désobéissance, comme une façon pour lui de participer à l’oeuvre créatrice.





Comme les matriochka (ces poupées russes qui s’emboîtent les une dans les autres) ce film nous fait toucher à l’impérieuse nécessité de garder en nous une part dédiée à l’art.

Par Plume De Vent - Publié dans : Regards
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